
VENTCOULIS... papiers
Mireille Gros - Mireille Henry - Jean Nazelle - Anne Peverelli
Exposition du 19 avril au 25 mai 2008
Jean Nazelle est graveur. Il croit au réel et le transforme, le féconde de ses fantasmes, de son imaginaire alerte, de ses secrets aussi. Il réalise tout ce qui le traverse - dans son atelier, des listes de projets - et il n’a cure d’aucune étiquette; mais ce qui revient comme un thème au-delà du thème, c’est la transformation, la variation, et la disparition. Ses séries s’articulent sur l’ajout et le retrait, une proposition, ses combinaisons et permutations, parfois jusqu’au confins du lisible; une couleur s’efface, son entaille reste gravée à jamais.
Jean Nazelle, gravures
Exposition du 9 septembre au 10 octobre 2006
Cette troisième exposition des gravures de Jean Nazelle à la Fondation Louis Moret propose une sélection du travail de l’année 2005-2006, dans la continuité de certains thèmes et dans la nouveauté de certains autres; elle s’accompagne d’un catalogue fraîchement édité, Jean Nazelle 2000-2005.
Connaître la régularité presque imperturbable d’un rythme de travail, une présence quotidienne à l’atelier, un engagement sans faille peut sembler accessoire au jugé d’une production artistique. Et pourtant, cette dimension est intéressante parce qu’elle signale une position de l’artiste; à l’idée d’inspiration en phase avec la disposition intérieure à produire se substitue la notion d’engagement à être présent, sans égard pour les fluctuations intimes, ou plutôt en les assimilant comme éléments de la réalité. Dès lors, c’est à plat sur le papier que se racontent des histoires “Sans titre” qui sont le cours des jours, les mouvements des pensées, des riens et des pleins, la couleur effrontée, une poignée d’herbes ramassées, des espaces dissolus ou des architectures du souvenir.
Tout est ici, c’est la vraie vie, mais un peu cachée, un peu secrète; il y a de la force et de l’affirmation dans certaines aquatintes au sucre inspirées de paysages ou de feuillages, de mouvements naturels dont on ne retient que les ondulations virulentes. parfois opposée à une géométrie rationnelle et régulière, comme pour en mesurer l’impact, concrètement.
A l’inverse, lorsque la géométrie de la structure architecturale rythme l’image , des éléments flous, des taches, comme des visions, se glissent dans cet ordre construit.
Dans l’oeuvre de Jean Nazelle, le temps est un questionnement sans fin... Le temps qui efface, qui pâlit ou qui obscurcit, les gestes répétés sur une même plaque, déclinés en trois étapes un peu moins encrées à chaque passage; le contraste s’estompe, autre chose apparaît, subtil, allégé, ténu.
C’est encore de la disparition, du flou glissé entre l’image et sa perception dont il est question avec l’emploi du papier calque, papier écran qui atténue la présence des signes, renvoie plus loin, au-delà de l’immédiate perception d’un motif, le souvenir d’une ville la nuit ou l’ébullition en grand format, avatar d’une série précédente sur les mouvements de l’eau.
De ces recherches sur les matériaux de la transparence, jusque ici papiers sur papier, naît la tentation de pousser plus loin; de la pure soie, fine, comme sur la peau, plissée sur la surface de la gravure comme pour en extraire un mouvement caressant, infiniment doux.
Et puis, roses, très roses, trois grandes gravures au carborundum qui pourraient former un triptyque, présentées à Accrochage 2006 au Musée cantonal de Beaux-Arts de Lausanne, sont si pleines d’une éclatante affirmation qu’elles semblent aptes à réconcilier les inquiétudes des paysages de la disparition.
La vie est bleue, et noire, et verte et rose, les couleurs sont rangées à l’atelier, Jean Nazelle s’y trouve tous les jours, sa vraie vie est toute là, dans la gravure.
MFA