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Olivier Saudan, La mélancolie, 2020, laque sur verre, 42 x 32 cm © O. Vocat
Olivier Saudan Paradiso perduto – EXPOSITION Fermée provisoirement

Olivier Saudan, La mélancolie, 2020, laque sur verre, 42 x 32 cm © O. Vocat

Peindre Venise, encore et encore… un acte risqué, une preuve de folie ou un gage de naïveté ?

Pour son exposition d’automne, la Fondation Louis Moret présente une sélection d’œuvres récentes et inédites inspirées de la Serenissima, par un habitué de ces lieux. Une image de la ville, ou plutôt, la trace du phantôme-fantasme- qu’elle laisse dans nos esprits. Un ensemble d’œuvres (laques et vernis sur toile, bâche et verre) extrêmement cohérent auxquelles l’artiste a travaillé sans cesse pendant la période spéciale dite de « confinement ». Pause imposée, silence, où la mélancolie de la lagune se superposait à la mélancolie plus prosaique des objets du quotidien, où elle rencontrait l’inquiétude du peintre et la vitalité de sa peinture.

Paradiso Perduto, nom du célèbre poème épique de John Milton mais aussi d’un lieu de rencontre nocturne à Venise, trouve une résonance toute particulière dans le travail d’Olivier Saudan et sa signification.

Paradiso Perduto retentit alors comme un sintagme qui pose à nouveau la question centrale de la peinture, de sa nécessité au-delà des catégories et des temps de l’histoire de l’art, de son état même, entre présence, matière, sensualité et disparition. Etre face à Venise, impossible à saisir, être face à la magie qui ressurgit et opère au-delà des clichés et des déjà-vu et être face à la peinture assume aux yeux de l’artiste la même valeur. Revenir de manière répétée et opiniâtre, encore et encore aux universels et aux fondamentaux : le paysage, la nature morte. Revenir à la banalité de ce qui est là  et le sera (le croit-on ?) toujours, même si toujours différemment, représente la seule condition possible, une épreuve ou une confrontation quotidiennes et incontournables. La ville, ville-île, ville-poisson, comme d’autres terres frontalières et extrêmes, n’est finalement pour le peintre qu’un sujet prétexte. Prétexte à peindre, combat de la création, éternel recommencement, où Venise n’est en somme que la trace, engloutie, transfigurée, d’un instant de vie.

Antonia Nessi, septembre 2020

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A. Chavaz, Louis Moret, 1935, Huile sur toile, 90x63 cm, © O.Vocat
Regards de Louis

A. Chavaz, Louis Moret, 1935, Huile sur toile, 90×63 cm, © O.Vocat

« la maison nouvelle a un air de temple grec. Elle en a la grâce légère et la solidité monumentale. Entre elle et les vieux arbres qui l’entourent, il y a un accord qui présage celui que l’on va trouver, le seuil franchi, entre les proportions de la salle, les musiques jouées, les peintures exposées ».[1]

 Tel un retour aux sources et en marge de la programmation habituelle, Regards de Louis propose une sélection d’œuvres de la collection de la Fondation Louis Moret. Réunies par Louis au cours de sa vie, témoignage de son regard sensible sur le travail des artistes qu’il a connu et rencontrés, ces pièces ont rejoint la Fondation en 1985, année de son inauguration.

Protagoniste de cette exposition d’été : la peinture. Des œuvres d’Albert Chavaz, Gérard de Palézieux, Paul Monnier, Joseph Gautschi et Fernand Dubuis, cinq acteurs de la scène artistique romande des années 1950, tous amis de Louis Moret.  Au cours de sa vie, entre 1935 et 1985 il leur consacra plusieurs expositions: d’abord dans sa galerie sédunoise L’Atelier puis à la Galerie de la Dranse, dans sa villa au bord de la rivière qui porte ce nom.

Un choix d’œuvres qui magnifient la peinture à l’huile et ses langages : matières consistantes, fluides, pâteuses et parfois granuleuses, brillantes ou mates, épaisses, opaques ou diluées en glacis. Une extraordinaire richesse de textures, qui permet les mélanges de tons et les dégradés ou, au contraire, les aplats ; une maîtrise complexe se traduisant par la précision du détail ou le geste spontané

Dans les toiles de Chavaz, en filigrane, la géométrie délicate qui caractérise ses compositions : une structuration répondant à une quête d’équilibre et d’harmonie plutôt qu’à un désir de rigueur.

Les huiles de Palézieux nous racontent, elles, « les grands silences » de certains paysages suisses et italiens, ou, dans les natures mortes, la contemplation des objets quotidiens, le vide, la rondeur des volumes.

Si les œuvres de Paul Monnier nous révèlent des formes et des couleurs d’une grande sobriété, immergées dans une atmosphère métaphysique et silencieuse, la toile de Gautschi est caractérisée par d’amples perspectives et des paysages paisibles, sans aucune trace de présence humaine.

Les deux oeuvres abstraites de Dubuis, exposées en permanence dans la villa de Louis avec leur cadre originel, trouvent enfin un écho avec le thème même du regard…

Présentation de quelques-uns des regards de Louis, la présente exposition, loin d’être exhaustive ou dictée par une logique chronologique est avant tout le miroir d’un lien fraternel et sensible avec les artistes qu’entouraient Louis : le reflet de son goût pour l’art au quotidien.

[1] La Fondation Louis Moret Martigny, sous la direction de Daniel Anet, Editions Pillet, 1985 Martigny, p. 11