MOTS RELAIS et autres estampes
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MOTS RELAIS et autres estampes est une exposition consacrée aux gravures et sérigraphies de François Morellet. En 1998, la Fondation présentait « Art construit Estampes », une exposition qui eut lieu à l’occasion des 20 ans d’activité des Atelier-Editions FANAL de Bâle. Parmi douze artistes européens, François Morellet y participait avec quatre estampes dont un album, MOTS RELAIS, qui donne aujourd’hui son titre à l’exposition qui lui est consacré.

Cette exposition est initialement le fruit du travail de Marie-Françoise Le Saux, conservatrice du musée de Vannes-La Cohue (F), qui a publié le catalogue raisonné des gravures 1980-1999 de François Morellet et conçu l’exposition Encres et lumières, comprenant l’ensemble des gravures et une installation de néon, présentée à Vannes, à Cholet, ville où vit et travaille l’artiste, puis à Paris au musée Zadkine. Elle arrive à Martigny dans une version sans néon et s’intitule MOTS RELAIS et autres estampes, documentée par le catalogue François Morellet Gravures 1980-1999, publié par le musée de Vannes et le musée d’art et d’histoire de Cholet.

Une cinquantaine de gravures – burin, pointe sèche, eau-forte, gaufrage – compose un ensemble réalisé entre 1980 et 1999 chez différents éditeurs européens, contredisant heureusement les anciennes réticences de l’artiste à l’égard de cette technique jugée « … difficile, désuète, absurde et charmante»*. François Morellet s’est pris au jeu de l’estampe et a finalement produit à ce jour nombre de planches, libres ou emboîtées en album, qui témoignent de sa curiosité pour la mise en application de nouvelles contraintes. Il décline les solutions des cheminements de ses π (pi) – πcolor, πpiquant – varie les interférences des formes géométriques gravées et gaufrées, joue de la cuvette, de la ligne, du segment, de la forme virtuelle qui se reconstitue hors-champ, et du basculement.

*« Quand j’étais (ou je croyais être) jeune, rigoureux et catégorique, je refusais les techniques artistiques que je classais dans les catégories des « mal-foutu ». Cette catégorie englobait pour moi toutes les oeuvres qui n’étaient pas réalisées d’une façon neutre et précise. Par exemple, pour la peinture : les traces de pinceaux, les empâtements, les bavures, le grain visible de la toile… tout ce qui faisait appel, pour moi, à une sensibilité condamnable.

Il en était de même dans le domaine des éditions. Je pensais que la sérigraphie était en progrès par rapport à la gravure. L’une reproduisait précisément les oeuvres précises et « froides » que j’aimais. L’autre me semblait faite pour donner une sorte de transposition de traces laissées sur une plaque par l’entaille d’un burin ou la morsure d’un acide.
Le tout plus ou moins contrôlé.
Mais voilà, à côté de ce goût pour la neutralité, la précision, j’avais aussi et depuis toujours un grand penchant pour les contraintes. J’aimais à la fois les respecter, les utiliser, les contourner ou même les ridiculiser. J’avais crée mes propres contraintes, par exemple : tableau carré, lignes droites, absence de profondeur, noir et blanc, etc… Après avoir accepter, par défi, de réaliser quelques gravures, je me suis rendu compte qu’elles étaient étonnamment riches en contraintes dont certaines m’étaient, en fait, familières, comme le fond blanc et l’usage des lignes.
A cela s’ajoutaient, entra autres : l’usage obligé du papier, la fragilité, les « emboutis » laissés par le bord des plaques, etc… Tout cela m’enchanta et m’accrocha à cette technique difficile, désuète, absurde et charmante.

Quant au rôle que joue la gravure dans mon oeuvre, c’est il me semble de faire un contrepoids (de légèreté) à mes intégrations architecturales.
Quand j’en ai assez de la lourdeur (des matériaux, des responsabilités) de l’un, j’ai envie de la légèreté de l’autre et réciproquement. En même temps, bizarrement, gravures et intégrations ont un point commun, ce sont toujours des travaux « sur commande » ou tout au moins *sur demande », qui me poussent par leurs contraintes à explorer d’autres domaines et je crois à un peu bousculer et renouveler mes oeuvres « normales » (!) perdues dans leur gratuite frivolité ».

François MORELLET, 30 septembre 1998