LE SENS DE L’ORIENTATION
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Adriana Beretta vit et travaille à Bellinzona, a beaucoup voyagé en Afrique où elle a séjourné plusieurs fois, particulièrement au Niger en relation avec la culture touareg; elle a exposé à Rome et à Zürich, au Musée des Beaux-Arts de la Chaux de Fonds, au Musée d’art de Mendrisio, à Kiev, à Franckfort, au Musée Cantonal de Lugano en 2002.

Adriana Beretta trace ici son chemin à travers les signes, elle signale des traces, elle arrête le marcheur distrait, requiert son attention et focalise sa vision. Ses images de sentiers, des photographies Sans titre, montrent une voie étroite, une cicatrice dans la fourrure du paysage, une ligne humaine tracée à l’usure; gros plan sur un fragment sans origine ni destination, pour aller où? Hors champ, tout est possible. Mais un système de signes graphiques calibre la vision, des lignes horizontales et verticales paramètrent cette échappée rêveuse en précisant sa situation historique; nous sommes à l’ère de l’informatique et du numérique dont on emprunte ici le langage. Ce code de lecture se retrouve sur une suite de toiles blanches aux signes noirs: les graphes employés par IBM à ses débuts pour générer des formes géométrique. En option: verticale, horizontale, angle droit, simple, double, avec ou sans cadre… Quant au langage des mots, il en est question dans les variations autour d’une traduction en italien et en français d’un texte écrit en allemand par Heidegger, à propos justement des sentiers qui ne mènent nulle part, les Holzwege; La deriva del senso explore les variations de sens et de sensibilités culturelles à propos de cette connaissance, celle des forestiers, qui savent, eux, que certains chemins s’arrêtent là, sans raison. Un poète, Rilke, a croisé, lui aussi, des chemins pétrifiés. Et dans le jardin, discrètement, deux signes empruntés aux codes des randonneurs, font un écho complice à la soixantaine installée simultanément par Adriana Berette à Bex et Arts (Triennale de sculpture), menant ici au verger…

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… A terre, rondes, brillantes et polies, à elles seules captant tout l’espace, les sphères de Mariapia Borgnini. Ces neuf boules de trois diamètres différents sont les supports de réflexions introspectives et méditatives, des questionnements intimes sur la portée du regard “au-delà des poutres, au-dessus des nuages”. Ces sphères chromées, brillantes comme des miroirs, reflètent l’espace qui prend alors la forme du monde. Le spectateur se penche et rencontre son image alors qu’il cherche à déchiffrer les trois inscriptions sur chaque boule. Les mots apparaissent comme des lanières autour de l’objet en même temps que suspendus dans l’espace reflété. Comment les saisir, comment se rencontrer, comment fixer la fuite du temps, de la lumière changeante, des pensées sans partage? Revoilà Mariapia Borgnini telle qu’en elle-même, à la croisée de ses thèmes: la perception comme exigence d’attention, les mots comme source de réflexion et le langage liant le tout.

Le monde en noir et blanc au début du XXè siècle: un viaduc, une jungle, le désert, un rocher monumental, un panorama édifiant et des arènes antiques, des ravins inviolés, des curiosités géologiques, le monde, notre monde, connu et méconnaissable! Matteo Terzaghi et Marco Zürcher l’ont retrouvé, naïf et intact, représenté tel que dans les manuels de géographie d’une autre époque. Des images troublantes à maints égards, hors champs de toute promotion touristique, pleines de leur sérieux documentaire; là, toujours, une figure humaine, un corps, pour donner l’échelle, évaluer la dimension de la nature. Le monde est encore mystérieux et puissant, l’homme si petit; il apparait dans ces images à la mesure de sa fragilité, de son ignorance et d’une certaine façon, de sa stupéfaction; la projection s’intitule Che faccio qui? – Qu’est-ce que je fais là-. Elle est accompagnée d’une sérigraphie, L’ora di biologia, l’image d’une pomme de terre surdimensionnée, qui pourrait aussi être une météore ou un territoire à l’échelle alors indéterminée.

Matteo Terzaghi et Marco Zürcher travaillent en duo depuis 1995, ils sont lauréats du Prix Manor Tessin 2008, de la bourse fédérale en 2003, 2005 et 2006, ils ont exposé au Kunstmuseum de Thoune et bénéficié d’une édition chez Pro Helvetia d’un Cahier d’artiste en 2006; ils exposent, eux aussi, à Bex et Arts 2008… Matteo Terzaghi est diplômé en philosophie de l’Université de Genève, Marco Zürcher de l’Ecole d’Arts Appliqués de Lugano et ensemble, depuis 1995, ils réalisent un travail qui met en relation images photographiques familières et banales et textes originaux dans une perspective à la fois interprétative, sensible et conceptuelle.

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