Aquarelle, estampe
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Quoi de plus limpide que l’aquarelle, une eau colorée et capricieuse qu’il faut tirer en un seul mouvement et dont on répand les pigments sans repentir possible; Palézieux maîtrise sans à coups ces gestes liquides en faisant glisser nos regards jusqu’au fond de l’horizon.

La gravure occupe une place importante dans l’oeuvre de l’artiste si l’on se réfère aux 4 tomes déjà publiés du catalogue raisonné établi par François Daulte. Elle a fait l’objet d’une importante exposition en 2000 au Musée Rembrandt à Amsterdam. Ici, on trouvera deux techniques bien spécifiques: l’aquatinte et ses surfaces de déclinaisons de gris qui évoquent le lavis à l’encre de chine, et le vernis mou, plus proche du dessin, dont il est une empreinte restituée avec un velouté tout particulier.

Les monotypes, qui s’apparentent à l’estampe, sont des peintures à l’huile très diluée réalisées sur des plaques et passées sous presse, une seule fois. Ce sont des tirages uniques et non reproductibles.

L’ autographie enfin, variante de la lithographie qui est une estampe sur pierre, très prisée au XIXème siècle par Corot et Fantin-Latour, est un dessin réalisé sur papier spécialement traité puis transféré sur la pierre par le lithographe (atelier Raynald Métraux) afin d’être tiré comme une estampe. C’est pourquoi la texture du papier d’origine, plus ou moins grenue, apparaît sur ces feuilles et donne un caractère particulier au dessin, comme piqueté de lumière.

Mais qu’est-ce qui fait que l’art de Palézieux inspire tant de respect, échappe à la controverse et traverse le temps sans en souffrir? Est-ce justement parce qu’il traite le temps avec calme, qu’il relie secrètement hier, aujourd’hui et encore demain, et que ce lien nous pacifie, peut-être même nous répare?

L’art de Palézieux, dans son classicisme et sa sobriété, est comme une pause délicieuse dans nos parcours esthétiques et sensoriels passionnants, décoiffants, fatigants. On retrouve alors avec plaisir, avec émotion, ce charme inusable d’un réel à peine transfiguré, adouci comme dans un souvenir et qui échappe à nos visions saisonnières, au sens d’une saison de la mode. Parce que ce qui est moderne est promis à ne l’être plus, comme nous mêmes, et que l’on est sensible à cette lecture sans rupture; un pot gris, une théière, un iris, quelques objets usuels posés ensemble; une ombre les souligne, une lumière fine les enrobe, et c’est toute l’évidence d’une poésie quotidienne, un art de vivre de peu qui rappelle la mesure et l’essentiel.

Lorsque Palézieux sort de chez lui à la rencontre du paysage, il s’attarde, regardeur de sous-bois, de forêts, écouteur de neige qui tombe, scrutateur délicat de la courbe d’un toit; et de ses excursions il revient riche d’un butin de réel, autant de fragments de ce qui existe et qu’il a vu, et dont il livre la plus simple, la plus discrète et la plus poétique des manières.

Marie-Fabienne Aymon