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Jean_Nazelle_carton_web_2013

Jean Nazelle (1929) est de retour avec cette exposition qui donne des nouvelles de ce qui se passe dans l’intimité de son atelier. Il poursuit son travail à son rythme et opte définitivement pour le tirage 1/1 – le titre de notre exposition – qui rend paradoxale la gravure, multiple par définition. Ces feuilles sont toutes des pièces uniques car, même si la plaque, en général de plexiglass, peut être réencrée plusieurs fois, c’est pour créer une image à chaque fois différente. Progressivement pâlie peut-être, dans une déclinaison d’intensité qu’il affectionne depuis longtemps – c’est le thème de la disparition, de l’effacement progressif – ou au contraire réhaussée de collages inédits. Ou ni l’un ni l’autre, juste des images qui surgissent de ces antichambres dont il garde la clé.

Car Jean Nazelle, très disert sur les processus de son travail, l’est beaucoup moins sur les références qui préexistent à ces gravures. Ce sont toutes des choses vues. Chez lui et autour de lui, dans la vraie vie, dans la mémoire, dans le passé, dans la rêverie. Jean Nazelle a fait le tour du monde dans son atelier et certaines de ses gravures portent ici encore des notations qu’il faudrait effacer : Sud, Orient, Revenants, Lésions etc.. Ce ne sont pas les titres, juste des repères pour ses propres listes, qu’il évite depuis toujours de commenter publiquement.
En réduisant le discours sur ses gravures à des questions formelles – composition, mouvement, espace, structure – il manifeste clairement deux choses : d’abord que faire des gravures, produire, travailler et manipuler le visible pour créer un autre visible en deux dimensions est ce qui donne du sens à ses jours, et d’autre part que sa vie intérieure, si elle est la source de tout ce qui devient visible, n’en est pas moins privée.

Aux amateurs, il offre cet œuvre si difficile à résumer tant il est multiple, polymorphe, presque contradictoire. Des petites suites monochromes griffées en tous sens d’un geste régulier jusqu’à devenir des surfaces de velours, ou les notations économes de ce qui rappelle les contours d’un paysage, ou encore les découpes, les collages et les lacérations de gravures recyclées et permutées dans un processus sans fin. Et la rigueur du noir, du gris et du blanc qui se mesure aussi bien aux nuées turquoises de grandes feuilles atmosphériques..
Voici donc ici réunies, dans leur désarmante et authentique nécessité d’exister, des gravures 1/1 qui tracent le visible et ce qui ne se dit pas.

Marie-Fabienne Aymon