François Pont (1957) vit et travaille à Londres. Il a présenté des expositions personnelles des ses gravures et peintures au Musée cantonal des Beaux-Arts de Sion dans les années 80, au Cabinet des Estampes du Musée Jenish à Vevey dans les années 90, au Musée des Beaux-Arts du Locle dans les années 2000. Il a exposé au Forum d’Art Contemporain à Sierre, dans les galeries Arts et Lettres à Vevey et Graziosa Giger à Loèche, dans plusieurs galeries à Londres et à la Fondation Louis Moret en 1997, 2009 et 2015.

Friches
GRAVURE, DESSIN
Gravures, dessins
Friches

François Pont revient chez Louis Moret avec des oeuvres récentes, des gravures incisives, des peintures allusives, où l’on retrouve son sens du rythme, sa patte féline qui griffe à l’encre noire, son pinceau qui tempère de gris bleus liquides, des fusains anthracites et des éclats de couleurs fraîches comme un jardin. L’espace de son imaginaire est ouvert, les titres l’indiquent ; il y a là des paysages – Vallée, Montagne, Lagune, Friche – qui recouvrent des mouvements -Traversée, Ouverture, Passage – ou des processus, Germination, parfois proche du corps – Regard, Souffle.

Parmi les premières émotions artistiques de François Pont se trouvait une peinture ancienne représentant un Saint Antoine dont seul le paysage, que le personnage traversait, avait retenu son attention. Déjà l’espace et le territoire s’imposaient comme des projections de la vie la plus organique qui soit, celle des végétaux. Dès lors la croissance, la vitalité, la prolifération indomptée des plantes ont marqué son travail en encourageant un geste instinctif et libérateur.

Puis le paysage s’est constitué et la nature primordiale s’est transformée. S’il vit et travaille à Londres où il soigne son jardin à l’anglaise, c’est à Berlin il y a quelques années, à l’occasion d’une résidence d’artiste de six mois dans l’atelier mis à disposition par l’Etat du Valais, que François Pont découvre les friches. Ces no man’s land au coeur de la ville, ces ultimes espaces de liberté pour les bonnes et mauvaises herbes qui surgissent sans conditionnement sont de plus en plus rares.. Elles le touchent au coeur d’autant que, imprévisibles et généreuses, ces friches constituent une belle métaphore de la disposition totalement ouverte du peintre à ce qui va naître et qu’il ne connait pas encore.

Car ces images, qu’elles soient de gravure ou de peinture, sont structurées par des accents gestuels, traversées de lignes passagères, construites autour de surgissements, d’irruptions dans l’espace. Elles sont dynamiques, inquiètes au sens premier du terme, elles montent, descendent, creusent et s’éloignent dans une perspective intuitive, et semblent pouvoir capter toutes les vibrations sensibles qui innervent l’espace.
En même temps, et c’est leur force, elles se tiennent à ce point d’équilibre, parfois au bord du chaos, sans jamais y céder. Car il y a, derrière cette belle énergie vitale, une pratique d’atelier exigeante qui réclame des protocoles, un savoir-faire et une maîtrise que la gravure impose.
Parce que cette technique est laborieuse, elle se combine parfaitement à la spontanéité de la peinture au pinceau, à la légèreté des lavis transparents, nuancés, appliqués sur un mince papier de Chine sur lequel François Pont réalise son tirage d’encre noire, incorporant le tout dans un même passage sous presse. Ainsi, par cette intervention non reproductible, chaque gravure, limitée ici à 7 exemplaires, redevient unique.

Les peintures autorisent les plus grands formats où l’on retrouve le dialogue du noir
structurant et mesurant l’espace, avec des plages de couleurs dansantes, qui éclairent ces visions fragmentées du réel.

Les paysages, les friches, les lagunes et les jardins de François Pont sont les territoires féconds dont il trace à grandes traits les sillons d’encre et les axes mouvants, ses repères dans ce vaste monde.

Marie-Fabienne Aymon

GRAVURE, DESSIN

Essentiellement graveur mais aussi préoccupé de dessin, François Pont vit à Londres en séjourneant fréquemment à St.-Pierre-de-Clages. Dans ces deux lieux, il retrouve ateliers et jardins, sans jamais rompre le lien. Car la nature est depuis toujours le repère et la métaphore de son travail. On se souvient des Germinations et des Tiges surgissant dans le champ de l’image sous forme, déjà, de stries impulsives, de griffes touffues, de graines mystérieuses aux formes de mandorles, pareilles à des yeux en amande. Le regard, en germe à l’époque, travaillait déjà en vue d’autres saisons. Aujourd’hui le paysage s’ouvre et l’espace se creuse.

François Pont est un artiste patient dont il ne faut pas attendre de révolutions radicales mais observer les signes de l’évolution intime. Les titres sont des indices : Paysage fluvial, Paysage visité, Paysage primordial, Ouverture. Le microcosme du jardin est devenu paysage, l’eau y circule, certains formats basculent à l’horizontale pour accuser la fluidité du mouvement, la direction du passage, un possible changement de sens de lecture. D’autres territoires de nature sont apparus, plus urbains, depuis qu’en 2005 François Pont a bénéficié d’une résidence d’artiste de 6 mois à Berlin, mise à disposition par l’État du Valais. A Berlin, où ruines et stigmates cohabitent avec les bâtiments les plus avant-gardistes, des zones entières restent encore en Friche. On retrouve ici des vues de ces territoires sauvages au cœur de la ville.

Les gravures récentes, des pointes sèches sur chine rehaussé, marquent la quête d’un équilibre entre empreinte gravée et peinture fluide. Une plaque de cuivre travaillée à la pointe sèche qui détermine la structure de la gravure à l’encre noire, et un papier de chine sur lequel l’artiste applique un balayage spontané de couleur liquide, passent ensemble sous presse, faisant de chaque tirage une pièce unique. Rien n’est tout à fait prévisible, l’intention doit coïncider avec la grâce du bon geste.

Dans cette exposition, deux dessins au fusain semblent différents; les représentations du corps humain, Alter ego, si rares dans l’œuvre de François Pont, donnent la clé d’une nouvelle occupation de l’espace qui, ailleurs, semble avoir contaminé la structure du paysage. Les yeux fermés et tournés vers l’intérieur, un fusain dans chaque main, l’artiste dessine à l’aveugle, cherchant le mouvement qui reconnait les contours de son propre corps. Il constate un vide vertical au centre du dessin, le tracé par défaut d’une colonne vertébrale axiale, là où le geste ne s’est pas refermé. Il gardera ce passage central ouvert comme une promesse, une Source qu’il détourne vers un Paysage primordial. Le passage par le corps humain est une digression qui, repartant du soi, a revitalisé une approche en prise directe. Très gestuel et fondamentalement intuitif, l’œuvre de François Pont s’enracine profondément en quête de vie. Là où il y a de l’âpreté parfois, et des déchirures, même chez le plus doux des artistes.

Marie-Fabienne Aymon